Lundi 19 mai 2008
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Dimanche, le courant Socialisme & Démocratie a
réuni ses principaux représentants nationaux et animateurs locaux à l'université Paris-Diderot. La réunion a débuté vers 10h30, en présence d'environ 150 personnes, notamment Catherine Tasca, Alain
Richard, Bernard Soulage, Michel Destot, Michèle Sabban, Alain Bergounioux, Catherine Guy-Quint, Dominique Lefebvre, François Pupponi, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Paul Planchou, Marisol
Touraine, Sandrine Mazetier, Jean-Paul Huchon, Jean-Marie Le Guen, Christophe Borgel, Marie-Pierre de la Gontrie.
Le rendez-vous était crucial puisque la sensibilité social-démocrate du PS vit une période difficile depuis le départ de Dominique Strauss-Kahn. Comment
conserver notre unité à l'heure des rouleaux compresseurs Royal et Delanoë ? Comment peser sur les idées du parti socialiste ? Enfin se compter et être minoritaire ou s'allier et risquer de voir
nos idées diluées ?
Les premiers mots prononcés par Jean-Christophe Cambadélis, le premier à parler, ont été pour rappeler la situation dans laquelle le courant est suite au départ à Washington de son leader. Et le
député de Paris les a dit dans un langage assez familier. Faut-il regretter que le directeur du Fonds monétaire international soit DSK ? Nul, à part ceux dont l'exigence n'est pas bornée par la
réalité, ne le dit. Proposé par le premier-ministre luxembourgeois, il a fait l'unanimité des européens et a convaincu les Etats-Unis puis l'Amérique latine, l'Asie et l'Afrique. Il est une chance
pour cette institution en crise et ses convictions comme ses compétences sont utiles dans les troubles qui se posent au monde. Mais
voilà, en juin 2007, Dominique Strauss-Kahn, fraîchement réélu député du Val d'Oise (le seul), siégant parmi un groupe socialiste à l'Assemblée plus fort que le précédent, personnalité politique de
gauche la plus populaire après la défaite, leader d'une social-démocratie française retardée mais demandée, est parti au plus mauvais moment. Et personne ne peut se dédoubler.
Socialisme & Démocratie est perçu par certains comme une "écurie" présidentielle. Ce tableau , relayé par les médias et quelques camarades socialistes, est véridique si l'on considère
l'investiture interne de 2006 et les tensions qu'elle a créées. Mais il est incomplet. Courant politique créé pour accompagner, expliquer et enrichir la politique gouvernementale de... Lionel
Jospin, "SD" a du gérer un premier départ le 21 avril 2002. Ne manquant ni de compétences ni de personnalités (beaucoup sont, c'est logique, d'anciens ministres), il s'est réorganisé
autour de DSK et a effectué un véritable travail de production intelectuelle de 2003 à 2007. Ce dernier, comme le travail d'autres groupes, n'a pas autant interessé les analystes et autres
"solférinologues" que les batailles de personnes, plus alimentées que regrettées dans leurs papiers. Certains axes du projet socialiste, les 15 propositions, le rapport sur la construction
européenne à Romano Prodi, les ouvrages de la Fondation Jean-Jaurés...Beaucoup de textes sont nés de contributions de fond de
SD, avec Alain Bergounioux, l'historien du parti, comme vecteur. Puis est venue l'heure du choix du candidat, avec la victoire programmée d'une défaite annoncée. Et enfin le second
départ que le courant social-démocrate ait eu à vivre après celui de Jospin, celui de DSK. Tel père, tel fils ? Il ne faut comparer que ce qui est comparable. En 2002, Jospin ne décapite pas
seulement SD, il laisse le PS à Hollande, l'homme qui divise les talents pour que l'on ne voit plus que le sien. DSK au FMI jusque 2012
(la fin de son mandat), ce n'est pas une (fausse) retraite politique. C'est l'action politique ailleurs et dans un autre cadre.
Sous la question de l'unité du courant à préserver, c'est une autre question qui a été débattue pendant cette réunion : Faut-il se rallier à Betrand Delanoë et si oui, pourquoi ne pas le faire dés
maintenant ?
Pour tous, la proximité avec un ancien jospinien devenu un brillant maire de Paris est évidente, et encore plus évidente quand chacun répète que nous n'en avons aucune avec Ségolène Royal.
Bergounioux rappelle qu'avec Royal "c'est un changement fondammental des règles du Parti" quand Le Guen ose revendiquer un minimum de culture politique commune avec les fabiusiens que les
ségolistes n'ont pas. Huchon parle également de "l'absurdité" de se priver pour le congrès "d'une vrai majorité de culture historique".
Mais nous ne sommes pas "delanoïstes" pour autant : "nous existons par nous mêmes", dit Moscovici après avoir salué l'idée que l'on se réunisse. Pour SD, DSK est le
meilleur candidat pour faire gagner la gauche. Pour Bernard Soulage il faut même "le redire". Michel Destot, qui a pourtant signé le texte de Bertand Delanoë, appelle à "réaffirmer
notre amitié et notre fidélité à Dominique". Sur le fond, comme il s'agit aussi d'un courant de pensée pourvoyeur d'idées, Socialisme & Démocratie a aussi des divergences avec
Delanoë : Une conception "moins classique" (Bergounioux) de la politique. Dans les alliances, il y a "avant tout l'idée d'un grand parti de la gauche" (Destot). Le texte de
Delanoë ne dépasse pas sufisamment le concept de redistribution, il est "très insuffisant et m'a déçu" (Planchou). Sur
le plan historique enfin, si Sandrine Mazetier nous témoigne d'une "vraie évolution de Bertrand de 2006 à 2008", les intervenants, et pas des moindres, lui rappellent
qu'au moment de voter et d'appeller les socialistes à voter, le maire de
Paris mettait Strauss-Kahn dans le même sac que Fabius et Royal. Dans la droite lignée d'un Jospin qui organise un dîner stratégique pour son retour (Eric Besson y était) le soir d'un meeting du
candidat Strauss-Kahn.
Comment peser sur les idées du parti socialiste ? Enfin se compter et être minoritaire ou s'allier et risquer de voir nos idées
diluées ?
Avant de savoir ce qui est sorti de cette réunion, il est toujours bon de se rappeler à de vieilles remarques que l'on entend parfois en section, et qui sont moins représentatives que
symptomatiques : "DSK est un charognard qui ne pense qu'à sa gueule". Autant dire que l'aspect show américain des
meetings strauss-kahniens, le CD acheté sur conseil de com', ou encore la déclaration de disponibilité de Dominique en direct sur TF1 quelques minutes après une défaite historique de la gauche sont
très mal passés. "Mosco pèse que dal' ". La déclaration de candidature de Pierre Moscovici au poste de premier secrétaire, jamais officialisée mais souvent évoquée sur les plateaux TV sur
l'insistance des journalistes , laisse perplexe quant à ses chances d'aboutissement. C'est d'autant plus remarquable que ceux qui trouvent Moscovici isolé et sans troupe contestent d'une voix
beaucoup plus faible ses qualités et sa capacité de transformer le PS en force d'opposition cohérente qui propose pour la France. Puissent ceux-là se multiplier..."Vous, les
strauss-kahniens vous ne vous pesez jamais". Vous noterez avec le sourire que cette remarque est souvent faites par
ceux qui font la précédente.
En effet, Socialisme & Démocratie a le don de créer les conditions de sa propre défaite au vu des choix que le courant a fait dans son histoire. Il ne se pèse pas au Congrès du Mans de
novembre 2005 alors qu'Hollande est condamné sans son soutien et qu'il peut combler le vide idéologique qui règne. Comme moi, de nombreux camarades sont persuadés qu'une motion SD aurait été la première force du parti avec laquelle le "marais" hollandais aurait du composer
et à ses conditions pour
former une majorité à 50% plus une voix. Nous nous serions comptés dans un parti à 120 000 adhérents collant des affiches et ayant une culture
politique forgé depuis le 21 avril 2002 ou plus longtemps. Au lieu de cela nous avons fait alliance avec Hollande et les fruits de cet accord ont été bien en deça de notre représentativité réelle.
En novembre 2006, nous nous comptons dans un parti à 160 000 votants dont beaucoup ne sont jamais venus à une seule réunion de section ou tracter après avoir cliqué et payé 20 euro, dans un
contexte où Ségolène Royal est déjà désignée dans les sondages et les JT et bénéficie d'un bruit médiatique écrasant par rapport à ses compétiteurs (voir le petit rappel ci-contre : Calcul effectué
sur et par Canal+ pour Le Grand journal et présenté par jean-Michel Aphatie et Michel Denisot - 2006).
C'est donc sans surprise que la question d'une motion est beaucoup plus discutée que celle d'une contribution lors de la réunion de Dimanche. Tout le monde défend l'idée d'un texte de contribution
qui réafirme nos valeurs et qui marque le débat d'idées du PS des idées social-démocrates. "Avec Pierre Moscovici comme premier signataire" propose d'emblée Jean-Christophe Cambadélis. Une
contribution sur laquelle nous marquons notre volonté de travailler avec Arnaud Montebourg et Martine Aubry, ce qui suppose l'ouverture mais aussi la fermeté dans la négociation. Les intervenants
reprennent à ce titre le leitmotiv de l'affirmation de SD à travers ce futur texte, et non la subordination à un quelconque autre groupe politique. Et une motion
?
"Les contributions sont beaucoup moins importantes que les motions" dans un congrès souligne avec raison Alain
Richard. Pour ce dernier, il y a "la forte demande de leadership" chez les français. Dans ce cas, peut-on affirmer
qu'il faut d'abord se mettre au travail et ne pas choisir de chef quand Sarkozy a d'abord conquis l'UMP avant de prendre des idées ça et là et de les porter dans ses discours ? Là encore, si les présents ne se sont pas tous exprimés, l'idée d'un ralliement à Bertrand Delanoë n'est défendue par aucun autre, Alain Richard ayant
pourtant parlé en premier dés après l'introduction de Jean-Christophe Cambadélis. Dans la salle, le refus de la présidentialisation du
parti va de pair avec la primauté des propositions pour résoudre les problèmes des français sur le besoin d'un "chef". Jean-Paul Huchon évoque des déplacements dans le Nord-Pas de Calais où la
base manifeste sans cesse son refus d'une confrontation personnelle Royal/Delanoë. Alain Bergounioux partage le constat d'une crise de leadership mais considère que la réponse est avant tout à
faire en terme de contenu politique. C'est "la solution". Ce projet qui est la priorité, "DSK a les capacités pour le porter", selon Bergounioux. A la fin, Moscovici enfonce le
clou : "Oui, il faut un leader. Mais à un instant T, avec un contenu capable de répondre aux enjeux". Plusieurs interventions se suivent sur un ton à tantôt critique, tantôt cynique envers
les animateurs du courant : Il ne faut pas laisser la base sans information, il faut arrêter de se donner en spectacle dans les journaux, et il serait utile de prendre en compte la dimension
provinciale du courant. Un intervenant nous fait rire de nos propres turpitudes lorsqu'il moque une sensibilité qui ne se compte jamais et se gausse d'une simple contribution changerait à elle
seule le PS, allant dans le sens de nombreux camarades réclamant à voix haute ou dans leurs rangs une motion Socialisme & Démocratie au
prochain Congrès. La question n'est pas tranchée au vote mais Pierre Moscovici finit sur une intervention laissant le déroulement futur sufisamment ouvert. "Il faut aller vers un congrès complexe avec des idées simples" : Une contribution identitaire, dont il est le premier signataire, potentiellement
à la base d'une motion majoritaire dont le premier secrétaire est issu. Alors même que quelques uns ont quitté la salle pour leur voiture ou leur TGV, c'est le plus applaudi. La réunion s'achève
sur l'adoption à l'unanimité moins une abstention d'un appel résumant les positions du courant.
Télécharger l'appel du 18 mai de Socialisme & Démocratie (format PDF)
La vidéo du reportage d'I>télé le soir de la réunion, le dimanche 18 mars 2008.
Par Akli LE COQ
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Publié dans : La gauche
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