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Lundi 28 avril 2008

 

"Les réformes vont trop vite, plus vite que l'explication ». Pour Pierre Méhaignerie*, l’homme qui raccroche le téléphone quand il doit chiffrer le projet de l’UMP, l’argument de l’impopularité record de Nicolas Sarkozy est tout trouvé. Prenons donc un exemple. Expliquons la dernière « réforme » du gouvernement, le financement du Revenu de Solidarité Active par « le redéploiement » de la Prime Pour l’Emploi.

Pour quiconque sait faire des additions (ou plutôt des soustractions) et connaît la redistribution façon UMP (on prend aux modestes pour donner aux fortunés), l’exercice n’est pas si difficile : Lorsque le gouvernement se prive de 15 milliards de recettes fiscales en favorisant la rente et le patrimoine via le paquet fiscal voté en juillet 2007, les marges budgétaires fondent, le déficit dépasse les 2,9% du PIB et la croissance peine à dépasser les 1,5%. En Europe, on se demande comment le dernier de la classe pourra être délégué de classe. De l’autre côté, celui de la vie quotidienne, l’inflation galope, le pouvoir d’achat baisse et abandonner la généralisation du RSA attendue par l’ancien président d’Emmaüs est un symbole que l’ancien candidat Sarkozy ne peut pas se permettre envers « la France qui travaille et se lève tôt le matin ».  

Mais aider les anciens bénéficiaires de minima sociaux à devenir salariés sans rester pauvres, c’est un coup de pouce qui a un prix, comme tout politique sociale. Martin Hirsch l’estime à 3 milliards d’euro. Sarkozy a donc bricolé avant de passer son grand oral (qui au passage a coûté… ?) pour assurer la tradition de l’annonce quotidienne : «On va redéployer une partie du coût de la prime pour l'emploi.»  Il compte enlever 1,5 milliard aux bénéficiaires de la prime pour l’emploi, majoritairement des smicards, pour avoir suffisamment d’argent à distribuer aux bénéficiaires du RSA. Enfin, il espère.

"Le chef de l'Etat a délivré sa conception de la solidarité : faire payer la lutte contre la pauvreté et l'exclusion par les salariés les plus modestes, déshabiller Paul pour habiller Jacques" explique Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale.

De son côté, l’UMP de Frédéric Lefebvre rejette cette explication. Si vous l’avez comprise, c’est que vous faites partie des « forces conservatrices de ce  pays ». Selon lui, « Nicolas Sarkozy a annoncé hier, non pas que ce serait simplement par redéploiement de la PPE mais par le redéploiement d'un certain nombre de choses dont la PPE, et par de l'argent mis directement du budget de l'Etat en plus, soit 1,5 milliards d'euros en plus ». Apparemment, le RSA, au-delà de la PPE, va être financé par un certain nombre de choses. Ca mérite une explication, non ?

* Interview donnée à La Croix la semaine dernière
par Akli LE COQ publié dans : Politique
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