Le député européen Vincent Peillon était l’invité du « franc-parler » lundi 21 avril sur I>télé. Il s’est exprimé entre autres,
sur l’éducation, la politique économique du gouvernement, et la réforme de la fiscalité.
C’était une interview riche sur le fond, qui m’a agréablement surpris, malgré des désaccords persistants avec Vincent Peillon et les soutiens de Ségolène Royal.
Désaccord lorsque les journalistes demandent pourquoi tout ce que dénonce et propose Peillon aujourd’hui n’a pas été entendu pendant la campagne présidentielle et que l’intéressé répond : « J’ai soutenue Ségolène Royal car elle est celle qui a commencé à dire les choses », enchaînant « Dans le fond, moi qui ait été chargé des études pendant des années, qui ait dirigé les groupes d’experts de Rocard, qui ait été la plume de tous les derniers candidats, la seule qui ai avancé quelques idées nouvelles dans le débat public ces dernières années, c’est elle. » En plus de pêcher par manque d’humilité, Peillon se contredit quelques minutes plus tard en prônant « un investissement (de la puissance publique) avant que ne se créent les inégalités, notamment pour la petite enfance », omettant de préciser qu’il s’agit d’une proposition qui figurait dans le projet des socialistes (service public de la petite enfance), introduite par le courant Socialisme et Démocratie par les soins d’Alain Bergounioux et issue de six années de réflexion et de proposition en interne. D’autres sensibilités ont également fait des propositions, souvent différentes, parfois convergentes, qu’elles soient critiquées ou non, mais elles existaient.
Désaccord lorsqu’il répond à Thomas Hugues, qui lui demande pourquoi Ségolène Royal (et la gauche toute entière, il faut le rappeler) a perdu, « C’était trop tard ». Je ne pense pas que la défaite ne puisse être analysée qu’en surface, en arguant d’une désignation trop tardive et d’une base qui n’aurait pas suivi, celle la même qui collait ses affiches et rattrapait ses bourdes au quotidien, dans les villes, quartiers et villages. Le projet, perfectible, n’a pas été défendu, la campagne a été solitaire et marquée par des histoires de couple, la conquête d’un appareil par les médias et les sondages ne sût jamais remplacer un leadership sur le fond empêché par les manœuvres de division de François Hollande pendant 5 ans. Pour faire court et non exhaustif.
Désaccord lorsque Vincent Peillon invoque cette coalition progressiste qui a fait défaut à Ségolène Royal : « ça va quand même un peu, au-delà des rangs du PS ». Certes, dans un second tour on rassemble au-delà de son camp. Mais la question est aussi de se remettre en cause en se demandant pourquoi des millions de déçus de la gauche ont vu en un chrétien-démocrate (Bayrou, centre-droit) un compétiteur plus crédible que le PS pour battre Nicolas Sarkozy.
Autre question. « Il faut faire machine arrière sur le paquet
fiscal ? » : « C’est ce que dit le PS, mais ils ne le feront pas, donc de toute manière c’est fini cette
affaire là je crois », (ne) répond (pas) Peillon. Faire un pronostic sombre ne l’empêchait pas d’assumer le fait qu’il ne veuille pas revenir dessus. Moi, je souhaite revenir dessus, et
n’ai même pas l'opportunité d’i>télé pour le dire.
Dire que 234 000 rentiers privilégiés par l’Etat continueront à l’être, cela contredit (encore une fois) la grande proposition des « ségolistes » sur la fiscalité de fusionner
l’impôt sur le revenu, la CSG et les taxes locales pour créer un grand impôt progressif.
Commençons déjà par rendre l’impôt sur le revenu juste et équitable (donc progressif, évidemment) pour les contributeurs et rentable pour l’Etat avant d‘annoncer un chef d’œuvre de simplification
que le PS remet aux calandres grecques depuis 20 ans.
Idem pour la réforme des échelons administratifs proposée par Peillon (avec suppression des départements et intégrations des agglos dans les décisions régionales), commençons par achever la transformation des communes en agglomérations sur le plan démocratique, juridique et financier, et commençons par compenser les charges nouvelles aux départements et aux régions par des fonds pour répondre au besoin des habitants.
Avant de poser les briques, on met du ciment en général.
Heureusement, et c’est en ce sens que j’ai été agréablement surpris, Vincent Peillon a prouvé à des millions de téléspectateurs que la gauche a un solide socle de valeurs et d’idées communes, et qu’elle sait les défendre contre la droite, du moins quand elle le veut et n’est pas « paralysée » -pour reprendre ses mots- par la mise en lumière de ses égos :
« La vraie question c’est comment on fait pour faire les réformes dont nous avons besoin et remettre un peu de raison, un peu de sagesse dans ce gouvernement »
« Lorsqu’il faisait campagne contre les principes républicains (loi SRU), lorsqu’il avait fait un parcours calamiteux à Bercy […] J’avais mesuré le danger de ce personnage (Sarkozy) ».
La défiscalisation des heures supplémentaires : « Un des plus grands ratages. L’une des mesures les moins efficaces, les plus critiquables est malheureusement une des plus approuvées ».
Sur l'Europe, « Sarkozy va faire des moulinets avec ses petits bras sur la scène européenne comme il cherche à le faire ici. C’est détestable et ça nous fait honte au plan européen, d’ailleurs il ne sera pas entendu du tout et les questions seront réglées avec qu’il devient président de l’Europe. ». C’est « mal engagé ». Il y a pour la France une vrai « décrédibilisation européenne […] C’est le seul président français qui a failli se faire siffler au Parlement européen. […] ils essaient de faire passer un max de textes en disant -on ne sait pas où on va avec les français- »
Sur l’immigration, Peillon défend des « régularisations importantes mais qui demeurent sur critères ».
Sur la fiscalité, même constat : « Nous sommes un des pays les moins redistributif ». L’impôt sur le revenu et le supplément familial de traitement sont deux exemples concrets d’injustice sociale donnés par Peillon : 1) on double son salaire en cumulant professeur et député, on ne paye plus l’impôt sur le revenu ! 2) les enfants du conseiller d’Etat ont plus que les enfants du concierge de la part de l’Etat.
Dernier exemple de constat partagé, sur la régulation politique et la financiarisation du capitalisme : « Ce système fou qui consiste à vouloir faire réguler les marchés par eux-mêmes, que l’on a fait au début des années 90, est assez curieux ». Peillon aurait même pu y aller plus fort, sur ce coup…
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